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27 Mai, Mussidan.
A
la sortie de Saint Astier, un monsieur en voiture
s’arrête pour me souhaiter bon voyage ; son neveu,
cinquante-huit ans, est rentré de Santiago depuis
deux jours. Il est parti de Bourges, il ne me dit
pas à quelle date, et j’ai oublié de le lui
demander, dommage.
Un peu plus loin, c’est un jeune qui stop près de
moi, lui aussi me souhaite bonne route et bon
courage ; il connaît une personne « qui a fait » le
chemin il y a quelques années, il y avait peu de
gîte à cette époque, et les Espagnols ne s’étaient
pas encore organisés comme maintenant….
Sur le paysage, rien à dire, la nature est toujours
aussi belle, je ne suis pas déçue.
Il fait très chaud mais par moments une petite brise
vient me caresser le visage, c’est bien agréable.
Je marche derrière un monsieur qui porte lui aussi
un sac à dos, il tourne à gauche et moi je dois
tourner à droite d’après ma carte et les balises, ce
que je fais. Un bon moment après, il est derrière
moi et me rattrape, il me dit qu’il fonce tête
baissée, il va vite et ne regarde pas le balisage,
ce n’est pas la première fois que cela lui joue un
tour.
IL se présente, Gérard, c’est un commissaire de
police en retraite, il vient de Périgueux et il va
jusqu’à Saint Jean Pied de Port pour vérifier le
balisage, il fait partie d’une association qui
s’occupe d’entretenir le chemin.
Je me moque un peu de lui, s’il se perd si
facilement, je me demande si les coquilles qui
marquent le chemin sont aux bons endroits ? Peu
après il reprend son rythme, je le laisse courir, il
fait trop chaud pour le suivre et il est trop
bavard.
Je suis partie à sept heures, à l’aube, enfin
presque…, c’est mieux, je profite de la fraîcheur et
du calme du petit matin.
Je suis à Mussidan à quatorze heures. Le gîte en
plein centre ville, est une grande bâtisse, que les
propriétaires cherchent à vendre. Ils prennent de
l’âge, et l’entretien est important.
Des tables, des chaises, des relax sont installés à
l’ombre des grands arbres, je prends mon livre avec
l’intention de me détendre dans le calme, je suis
seule, mon linge sèche au soleil, tout est en ordre.
Gérard arrive, il est tout étonné de me voir déjà
installée, et je le suis aussi, il était devant moi,
il marche vite je le croyais loin. Encore une erreur
de parcours, il met ça sur le dos du fléchage qui
selon lui est mal fait ? Pourtant j’ai suivi les
coquilles et je suis là, je n’ai pas eu de
difficultés, alors Gérard ?
Une jeune femme arrive, elle est toute rouge et
épuisée, nous lui donnons de l’eau et nous la
faisons asseoir. Après avoir repris ses esprits elle
nous dit qu’elle est hollandaise, elle vient
d’Amsterdam à pied, elle aussi marche vite, et
j’aurais du mal à la suivre les jours qui suivent
mais j’anticipe.
Elle s’installe dans ma chambre, une sympathie
mutuelle s’installe tout de suite entre nous. Deux
Hollandais débarquent à dix-huit heures, ils
rejoignent le dortoir de Gérard.
Tout ensemble, nous décidons d’aller manger au
restaurant, il fait trop chaud pour cuisiner.
Ineke est ravie de retrouver des compatriotes avec
qui elle discute, elle en oublie son coup de chaleur
qui aurait pu mal tourner. Du coup Gérard n’en a
plus que pour moi, il ne me lâche plus.
Il me retient même un gîte pour demain, je lui dis
de prévoir aussi pour Ineke, nous avons décidé de
marcher ensemble quelques jours.
Cela n’a pas l’air de lui plaire, c’est dommage. La
soirée est merveilleuse, nous sommes installés sous
de grands arbres, c’est le bonheur. Les Hollandais
sont très gentils, Gérard est fatigué et part se
coucher, ouf ! détente, calme…
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28 Mai, Port Sainte Foy.
Gérard
a décidé de l’étape, ça ne me plait pas beaucoup,
même pas du tout à dire vrai, j’aime mon
indépendance. Il a retenu le gîte hier soir, mais
avant d’y parvenir nous avons trente-quatre
kilomètres à marcher par monts et vallées. C’est
trop, je ne veux pas faire des étapes si longues.
Ineke et moi cheminons d’un même pas, les Hollandais
et Gérard nous on distancé. Nous nous retrouverons à
Port Ste Foy.
Nous arrivons à quatorze heures trente, un peu
fatiguées tout de même, les pieds tiennent le coup,
les mollets sont raides mais ça va ….
Sympas, les messieurs nous ont réservé les vrais
lits et ils ont pris les lits superposés.
José, un Espagnol nous rejoint, il vient d’Allemagne
à pied par les GR. Il va à Santiago qu’il ne connaît
pas et pourtant il est né à trente kilomètres de là.
Ce soir nous mangeons avec nos hôtes, nous
installons une table dans le parc sous les arbres et
nous aidons notre hôtesse à mettre la table et à
préparer le repas, ambiance chaleureuse et détendue.
Henri de la Moynerie, chez qui nous sommes, à fait
la traversée de l’Atlantique à l’aviron en 1992,
c’est un personnage, et c’est un plaisir de
l’écouter.
Son épouse est une intarissable bavarde vraiment
gentille, finalement elle est reposante, nous
n’avons pas d’efforts de conversation à faire ; elle
tient la scène à elle toute seule. Très directive,
il faut que tout se passe comme elle le souhaite.
Nous passons une excellente soirée, il fait si bon,
que nous ne sommes pas pressés d’aller nous coucher.
Demain il faut se lever de bonne heure, une étape de
vingt-sept kilomètres est prévue, Gérard a récidivé,
il a retenu le gîte pour Ineke, lui, et moi.
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