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21 Mai, Limoges, Isle.

 Mal réveillée, je tourne à droite en sortant du gîte au lieu de tourner à gauche, au bout de deux kilomètres je me dis que le paysage ressemble bigrement à celui d’hier. Je regarde ma carte et je m’aperçois de mon erreur, je ne fais pas demi-tour, je n’aime pas revenir sur mes pas, ceci fera un sujet de discussions plus tard avec un ami. Je préfère continuer, et faire six kilomètres de plus sur l’itinéraire de la journée.

Je suis à Limoges à onze heures, l’ennui  avec les grandes villes, ce sont les zones industrielles qu’il faut traverser pendant des kilomètres. Elles ne sont pas belles, c’est peut-être pour cette raison que le cœur de la ville me semble admirable. En fait cette cité est captivante  par ses monuments, ses commerces, ses vieux quartiers  et ses vieilles rues, j’ai gardé pour  le plaisir ses sanctuaires.

L’itinéraire balisé par des coquilles de bronze nous mène d’église en église, j’en visite six toutes remarquables, et ce n’est pas fini, j’ai peur d’une saturation…..

Je veux sortir de la ville mais le balisage ne veut rien savoir il me  conduit dans un labyrinthe de rues et ruelles et ….  Encore une église, non là c’est trop. Un monsieur me pose des questions sur le pèlerinage, après notre conversation, je lui demande comment gagner la route de l’Isle au plus court.   

Les villes me fatiguent, le bruit, le mouvement, l’attention que je suis obligée de porter à la circulation, tout cela m’embête, je ne me sens vraiment bien qu’à la campagne. Dans la vie « civile » c’est la même chose, j’aime la ville pour ce qu’elle m’offre, mais je suis heureuse le soir ou quelques jours après de retrouver mon village et sa sérénité.

Sept kilomètres encore, mais sans plaisir car en bordure de nationale. L’hôtel ou j’ai retenu une chambre aussi. L’accueil est charmant, je prends possession de ma résidence d’un soir ; rituel du jour, puis téléphone, je dois dire que je donne peu de nouvelles, ma famille s’en plaint, alors ce soir je me défoule….

Je descends au restaurant, assiettes bien garnies, bien présentées et  tout est excellent, ce qui me réconcilie avec ma journée un peu difficile. La fenêtre de ma chambre donne sur la nationale, je dors comme un loir, et je me réveille à six heures trente en pleine forme.

C’est dimanche et je décide de faire une heure de grasse matinée puis de m’accorder un super petit déjeuner, départ à neuf heures. L’étape du jour est de vingt kilomètres, pas d’affolement…..

ó ó ó ó ó

 

 

 

 

 

 

 

 

 
22 Mai, Flavignac 

 Il fait très beau, le cheminement est enchanteur, hum ! Je suis sûre que quelques fées se cachent par ici…. J’en oublie le poids du sac, je m’habitue, il pèse le matin, dans la journée je ne le sens plus. Je m’arrête dans un village pour manger, devant l’église il y a une belle allée de tilleuls et des bancs, l’endroit me séduit, je pose mon sac.

C’est la sortie de la messe, un vieux monsieur me demande s’il peut s’asseoir à coté de moi. Il me parle de sa vie et de son village qu’il n’a pas beaucoup quitté, sauf pour l’Allemagne ou il a été réquisitionné pour le travail obligatoire. Que vais-je faire toute seule sur les chemins ? me demande-t-il, Je ne le sais pas moi-même, alors comment répondre. Je cherche la paix, un peu de sérénité après des années difficiles……Vivre pour moi.

A Flavignac le gîte est fermé, il y a une adresse ou je peux aller chercher les clés mais il n’y a personne, que faire ? En attendant une inspiration, je visite la petite église et son trésor. 

Le guide me signale que des chalets sont loués aux pèlerins moyennant une somme modique au camping.

Encore un effort, ce n’est plus très loin, la perspective d’une douche me réconforte.

La gardienne me donne un chalet pour moi toute seule, cette dame est formidable. C’est dimanche, les commerçants sont fermés m’explique-t-elle et tout naturellement,  elle m’apporte un repas tout chaud à dix-neuf heures ainsi que mon petit déjeuner pour demain matin.

Ce qui me touche le plus c’est la rose qu’elle a cueillie pour moi dans son jardin.

Merci pour votre gentillesse Madame, je garde un souvenir ému de votre générosité.

Des femmes et des hommes de cœur, j’en rencontrerai d’autres sur le Chemin de saint Jacques, si mon pèlerinage ne devait m’apporter que cela, ce serait déjà énorme.

 

 

 

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