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19 Mai, Le Châtenet en Dognon.
J’aime
cette région, très boisée faite de creux et de
bosses, des ruisseaux chantent partout. Un fermier
rencontré me dit, que hélas, le département se
désertifie. Il me parle de la culture et de
l’élevage dans la Creuse que je vais quitter
bientôt pour entrer en Haute Vienne. Les fermes et
les maisons sont achetées par des Anglais ou des
Hollandais, les jeunes ne reprennent pas les
exploitations de leurs parents, ça ne paye pas assez
me dit cet ancien éleveur.
A treize heures je m’arrête pour manger au bord
d’une retenue d’eau, le pont de Dognon. Cet endroit
est magnifique, je prends une photo, et je lézarde à
l’ombre, il fait chaud, je suis bien, je n’ai pas de
problème de pieds ou de santé, mon dos ? Je ne le
sens plus, en fait tout va très bien. Le moral ? Des
hauts et des bas, surtout le soir, comme je suis
fatiguée, je m’endors très vite…. Et demain est un
autre jour.
Je prends mon sac et en route, le chemin monte
raide sur sept kilomètres. Un cycliste peine à
monter, il met pied à terre et m’accompagne un bout
de sentier, il va à Saint Jacques et s’étonne de me
voir seule, lui aussi est seul alors pourquoi pas
moi ? Une femme dit-il. Eh ! Oui. Nous échangeons
quelques phrases sur ce sujet, il monte à vélo,
adieu…. Bon chemin.
Le restaurant du village accueille les pèlerins, il
y a des chambres à petit prix.
Le patron et son épouse sont des fans de motos, je
lui parle de mon fils qui lui aussi est passionné
par ces engins, mais comme je n’y connais rien, le
sujet tourne court. Nous parlons de Saint Jacques, à
voir passer tant de Pèlerins, l’envie de partir
commence à se faire sentir.
Deux couples de Hollandais arrivent à bicyclette,
ils font route en direction de Saint Jacques ou ils
espèrent arriver début juin.
Le soir les Hollandais dînent ensemble et je suis
seule à ma table, les patrons viennent manger auprès
de moi et la conversation continue, on s’attarde un
peu, ils sont très sympas. Le lendemain matin la
dame déjeune avec moi et elle me donne trois grosses
tranches de gâteau maison et une pomme pour la
route. Une bise, un adieu, et le chemin est devant
moi….
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20 Mai, Aureil, Montignac.
L’étape
est difficile, sept kilomètres de montée
ininterrompue. A mi parcours un monsieur taille sa
haie, nous échangeons quelques mots ; il est
passionné par les rosiers, il en possède
quatre-vingts variétés. Sa femme nous rejoint, ils
me proposent de visiter le jardin et de prendre un
café, je ne refuse pas. Le jardin est superbe, à
peine éveillé, il nous offre ses couleurs et ses
parfums.
Nous parlons du pèlerinage, c’est fou le nombre de
personnes qui auraient aimé partir et qui, pour de
multiples raisons ne l’ont pas fait.
A Saint Léonard, je retrouve les Hollandais d’hier
soir, je suis à une terrasse de café, avec…… un
café. J’écris des cartes postales, ils s’installent
à coté de moi, ils me questionnent sur ma solitude.
Cela étonne beaucoup que je puisse marcher seule.
Moi aussi avant de partir je ne me voyais pas seule
sur les chemins et finalement c’est très bien
ainsi. Je pense que le contact est plus facile, je
suis plus abordable et on invite plus volontiers une
personne qu’un groupe de trois ou quatre.
A quinze heures trente, je suis à Montignac. Je suis
accueillie avec sourire et gentillesse par Madame
Morin qui est, me dit-elle, une descendante de Louis
Joseph Gay Lussac, (chimiste et physicien français,
né à St Léonard de Noblat en 1778 mort à Paris en
1850, connu pour ses études sur les propriétés des
gaz).
Elle habite un petit château, son fils Pierre est
prêtre, il a installé un gîte dans la maison des
gardiens. Tout le confort est là, vraiment il ne
manque rien ; congélateur, micro onde, télévision,
lave linge séchant, il a pensé à tout. Il faut dire
qu’il a fait le pèlerinage et il sait qu’un peu de
confort de temps en temps ne nuit pas à l’esprit… il
a aussi pensé à l’âme, un petit oratoire est aménagé
pour la prière.
A sept heures Madame Morin m’apporte de la soupe
toute chaude, un bifteck, des pâtes et des yaourts.
Elle s’excuse de ne pas m’inviter à sa table mais
son mari est malade et son caractère est devenu
ombrageux.
Tout est parfait, mais, car il y a un mais et de
taille …… A l’étage, sous les toits un dortoir a été
installé ainsi que les douches et les toilettes. Je
monte prendre ma douche, et là c’est la panique, je
n’ai jamais vu autant d’araignées de ma vie, les
plafonds des sanitaires en sont couverts, je ne
supporte pas ces bestioles. Je descends plus vite
que je suis montée et je fais ma toilette à
l’ancienne devant l’évier, heureusement que je suis
seule, un autre problème se pose, où dormir ? Pas
là-haut, il n’en est pas question.
Il y a un petit canapé devant la télé, il n’est pas
très confortable mais j’aime mieux me réveiller avec
des courbatures que partager mon lit avec ces
monstres, si, si, le mot n’est pas trop fort.
Il n’y a pas de serrure, la porte ne ferme donc pas,
bof ! Qu’importe !
Au milieu de la nuit la lumière s’allume brusquement
et m’éveille, surprise, je regarde autour de moi,
rien, personne. L’orage se déchaîne, ce qui a
probablement provoqué ce phénomène, je me rendors,
le reste de la nuit se passe bien, ouf ! Quelle
nuit !!
Le petit déjeuner me réconcilie avec cet endroit et
le soleil me fait un clin d’œil, il se moque de ma
phobie des araignées.
Allons une belle journée s’annonce.
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