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17 Mai, La Souterraine.
Partis
à sept heures trente, nous arrivons à quinze heures,
après vingt cinq kilomètres parcourus sur des
sentiers pas possible, un vrai raid…
Là j’ouvre une parenthèse car je vous vois sourire,
vous les copains à qui je dédie ce livret. Un raid,
le mot est peut-être un peu fort. Quand je suis
partie, j’étais très contente et fière de moi de
marcher quinze ou vingt kilomètres une ou deux fois
dans la semaine, ma région est relativement plate et
je prenais mon temps….
Alors vingt-cinq kilomètres en sept heures (nous
nous sommes arrêtés une heure pour casser la
croûte) avec un parcours accidenté, c’était un
exploit, si, si.
Je reprends le cours de mon récit, François est
éducateur, il a quarante-six ans, il vient de vivre
une histoire difficile qui l’a déstabilisé, c’est
pour faire le point et essayer de se retrouver qu’il
est sur le chemin.
Il est très intéressé par les médecines naturelles,
moi aussi, le sujet de nos futures conversations est
tout trouvé et toutes sortes de plantes s’offrent à
nous pour une étude sommaire. Nous échangeons des
recettes, la soupe d’orties ou de panais, confitures
de fleurs de pissenlits ou de fleurs d’acacias, sans
oublier les beignets de sureau et autres fruits
sauvages.
En examinant de plus près un pied d’aigremoine nous
tombons nez à nez avec une taupe, en plein jour
c’est assez rare. C’est la première fois que
François à l’occasion d’en observer une, elle reste
là, pas farouche ou peut-être éblouie par le soleil.
Nous avons écarté l’herbe pour mieux la voir. Elle
est très belle, son poil est lustré, très brillant,
nous refermons les herbes sur elle et nous la
laissons à sa liberté.
La Souterraine est en vue, le « raid » n’était rien,
comparé au parcours du combattant qui nous attend
pour trouver ou dormir, François n’est pas très
patient….
La Souterraine est une ville de six- mille
habitants, il y a de beaux monuments. L’église des
11ième et 13ième siècles,
abrite une crypte où l’on trouve un puits avec une
margelle et une dalle avec des inscriptions gallo
romaines : Sanctuaire ou nécropole ?
La porte Saint Jean construite au 13ième
siècle a servi de prison jusqu’en 1860. Au centre du
cimetière, une lanterne des morts du 13ième
siècle veille.
Il manque des fleurs et une bonne mise en valeur de
tout cela pour en faire une ville agréable.
C’est la galère, le couvent ou nous voulions dormir
est en travaux et fermé. Les autres adresses que
nous avons n’existent plus. Nous allons au syndicat
d’initiative, la dame nous indique un petit hôtel
pas cher, les chambres sont à seize Euros, il était
temps, François était à bout de patience, bof ! De
toute façon il y a des hôtels nous ne sommes pas
perdus tout de même… Il n’y a pas de quoi
s’affoler.
C’est madame « Lessale » qui nous reçoit après nous
avoir fait attendre car elle termine sa belote (nous
regrettons l’accueil de Maria à Crozant) elle nous
donne nos clés et nous dit « c’est par-là ». Nous
montons à l’étage et nous nous débrouillons pour
trouver nos chambres, les draps n’ont pas été
changés. Je vais dormir dans mon sac de couchage.
Rituel du jour sans plaisir, tout est crasseux.
Nous descendons boire un thé, madame Lessale nous
demande si nous mangeons ce soir, en cœur nous
répondons non, en passant nous avons jeté un œil sur
la cuisine….Nous faisons la dînette dans une chambre
en riant de cette situation et en espérant que
demain les conditions seront meilleures, cela fait
partie du pèlerinage, et des anecdotes à raconter.
ó
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18 Mai, Chatelus.
Nous
partons ensemble, mais je commence à regretter ma
solitude. François avec ses bavardages, ses
problèmes, son métier qui n’à plus de secret pour
moi me fatigue. J’aimerais marcher en silence,
m’arrêter quand j’en ai envie ; il est trop bavard,
et je n’ai pas l’âme d’un confesseur, encore moins
celle d’un psy…
A l’heure ou j’écris, plusieurs mois après, je
regrette encore de n’avoir pas su l’écouter ; il
avait certainement besoin de parler. Des semaines
après j’ai rencontré un ami sur le chemin en Espagne
qui, lui, a su m’écouter, pas une journée mais deux
semaines, merci à toi mon Ami.
Pardon François.
Nous nous séparons, il continue sur Bénévent et moi
je prends la direction de Marsac. Je déjeune dans un
petit resto, j’apprends qu’il n’y a plus d’hôtel
dans le village et que le Curé est mort ; le
presbytère est fermé, c’est là que je comptais
dormir.
Une dame est au bar et nous écoute, elle m’offre de
m’emmener jusqu’à Chatelus chez une amie qui tient
un gîte, j’accepte. Cette jeune femme est anglaise,
elle prospecte les brocantes, pour meubler la maison
qu’elle vient d’acheter dans la Creuse. Elle me
propose de venir avec elle chez le brocanteur du
village. Elle me conduira ensuite chez son amie.
Nous « brocantons » joyeusement tout en parlant du
pèlerinage qu’elle connaît peu.
Nous voici à Chatelus chez madame D……, un super gîte
trois étoiles, elle me reçoit avec un apéritif et me
parle de sa petite fille, neuf ans, qui a une très
grave maladie.
Priez pour elle à Compostelle….
C’est la première fois que l’on me fait cette
demande clairement ; habituellement c’est plutôt
pensez à moi. Elle et son mari sont allés à Santiago
en voiture l’année dernière, elle espère tout de ce
voyage.
J’ai prié pour toi Margot….
Je note sur un carnet le prénom des gens qui me font
cette demande. A St Jacques j’ai allumé un lumignon
pour eux, il n’y a plus de cierges dans les églises,
peut-être par crainte des incendies. Alors
maintenant il suffit de mettre une ou deux pièces
dans la fente d’un pupitre et une petite lumière
s’allume pour un certain temps.
Le lendemain matin, mon hôtesse me prépare un
sandwich, que de gentillesse. L’épicier du
village ouvre à neuf heures et je souhaite partir de
bonne heure. Une bise, que Dieu vous garde.
Émotion…..
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