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15 Mai, Cluis.
Je pars a sept heures trente comme d’habitude, le
temps de prendre un petit déjeuner copieux, adieu à
mon copain d’hier et en route, cette demi étape m’a
permis de me reposer et je me sens en pleine forme
ce matin. Direction Neuvy-Saint-Sépulcre, le paysage
devient plus accidenté, j’ai quitté la Beauce
berrichonne à Ardentes.
A Neuvy je visite la Basilique qui est du 11ième et
12ième siècles, cette église possède deux gouttes de
sang du Christ, recueillies le jour de la passion
sur le calvaire. Elles furent rapportées de terre
sainte par le Cardinal Eudes, évêque de Tusculum en
1257 (1ère croisade de Saint Louis).
C’est jour de marché, j’en profite pour acheter mon
casse croûte. En quittant ce village je vois un
étang très bien entretenu, il y a des pêcheurs
autour et un groupe qui pique nique. Je décide de
m’arrêter là une heure pour manger et faire une
petite sieste, l’endroit est calme et apaisant.
Je reste là deux heures à rêvasser, j’y suis bien et
pourquoi me presser, il ne me reste que huit
kilomètres à faire.
Cluis, village médiéval est construit en nid
d’aigle, la montée est rude. Le paysage de toute
beauté est très sauvage, les ruines d’un ancien
château fort du 13ième siècle
intensifient cette impression. Je visite une petite
chapelle du 12ième siècle restaurée
depuis peu, encore quelques centaines de mètres dans
ce décor digne d’un film de cape et d’épée et je
débouche d’un coup dans le 21ième
siècle, le choc est rude.
Des commerces modernes s’offrent à mon regard, la
place de l’église est fleurie ainsi que les maisons
alentours, juste en face de l’église un étalage de
fruits et légumes retient mon attention. Mais ce qui
m’étonne, c’est un monsieur au milieu du trottoir
qui s’agite, il s’adresse à moi, apparemment ravi de
ma présence.
_ Ah ! T’es un pèlerin ?
_ Attends, je téléphone à la dame qui s’occupe du
gîte. Elle a les clés.
_ Assieds-toi, tu veux à boire ?
Me voilà avec un jus de fruit dans les mains, mon
sac est posé à terre, il me l’a retiré presque de
force.
_ Reposes toi.
_ Tiens, tu veux des œufs, ils viennent de la ferme,
ils sont frais, une dame me les a apportés tout à
l’heure.
Cet accueil si chaleureux, c’est à un Marocain que
je le dois.
_ Ah ! T’es courageuse, moi quand je vais au Maroc
je mets mon barda dans la voiture, je ne le porte
pas !!!
Il est super ce type.
_ Demain, j’ouvre à sept heures, tu viens avant de
partir, il n’y a pas de commerce avant dix-neuf
kilomètres, il faut que tu emportes à manger.
Enfin, la dame à la clé arrive et je peux prendre
possession du gîte qui n’est ouvert que depuis le
premier mai. Le Monsieur m’a expliqué qu’avant il
n’y avait pas de gîte et quand des pèlerins se
présentaient, il les menait chez lui pour les
héberger.
Après m’être installée et sacrifiée au rituel
journalier, je pars visiter le village. Il y a un
viaduc de 499 mètres de long à la sortie de Cluis,
il a servi jusqu’en 1952 pour la correspondance SNCF
Argenton, Châtre. Depuis, il est désaffecté, et l’on
peut s’initier au saut à l’élastique. La vue est
superbe, mais le saut à l’élastique, très peu pour
moi, je fais demi-tour. Des gros nuages noirs
annoncent un orage, le paysage devient
impressionnant.
Je suis bien, dehors il pleut très fort et je suis
contente d’être là, je prépare mon repas, les œufs
coques sont excellents.
A vingt heures, deux cyclistes hollandais arrivent,
ils sont trempés. Nous prenons un thé ensemble et
nous parlons de leur parcours, ils viennent de
Hollande à bicyclette, ils sont jeunes et ils
avalent les kilomètres sans difficulté.
Au matin le ciel a retrouvé sa limpidité, je sors à
six heures trente pour chercher du pain quand
j’entends…..
_Madame ! Madame ! Je t’ai trouvé du pain frais.
Je vais prendre mon pain qui est encore chaud, je me
retrouve avec deux gros baisers sur les joues.
_Combien vous dois-je ?
_ Va manger, on verra tout à l’heure.
Trente minutes plus tard, je paie mon pain et
quelques achats pour ma journée. Bises d’adieu et me
voilà partie, enfin presque, il me rappelle…
_Tu veux une orange pour ton voyage ?
Et hop ! Une orange vient alourdir mon sac. Rebises,
et grands signes de bras jusqu’au prochain virage.
Quel plaisir de rencontrer une personne comme cela,
chaleureuse, généreuse, sympathique. Je me promets
de revenir le voir après le pèlerinage.
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Je n'ai pas de
tampon de chez Maria
16 Mai, Crozant.
Le
paysage entre Cluis et Crozant est sublime, la
marche est difficile, montées et descentes se
partagent les sentiers, je suis essoufflée, n’ayant
pas l’habitude de ce genre de terrain….Je dois
m’arrêter de temps en temps pour reprendre mon
souffle.
Heureusement, pour les jambes et les pieds, pas de
problème.
A cinq kilomètres de Crozant, à l’intersection du
chemin et d’une route, une dame dans un petit camion
fait demi-tour, elle est un peu perdue et me demande
son chemin. Nous regardons la carte ensemble, nous
en profitons pour bavarder un peu, les éternelles
questions, toute seule ? Pas peur ? Combien de
kilomètres par jour ? Je réponds sincèrement, peur,
mais de quoi ? Seule, oui j’aime la solitude, une
moyenne de vingt-trois kilomètres par jour.
Cette dame est passionnée par sa région. Elle me
parle de tel ou tel site à visiter, ce n’est pas
loin, trois ou quatre kilomètres. Et celui là à deux
kilomètres seulement… je lui explique qu’après
l’étape je n’ai plus envie ou le courage de faire
des ballades si belles soient-elles.
_J’ai un peu de temps, montez, je vais vous faire
visiter le coin.
Nous voilà parties voir tous les endroits qu’il ne
faut pas manquer, et il y en a ; elle a raison les
environs de Crozant sont à voir, y passer un
week-end serait des plus agréable, à noter sur mes
tablettes.
Une forteresse féodale des 12ième et 13ième
siècles et la vallée de la Creuse ont attiré des
peintres de renon, entre autres, Claude Monet,
Armand Guillaumin, Gaston Vuillier...
George Sand une voisine, Gargilesse est tout prêt,
leur avait fait découvrir ce petit coin de paradis.
Après la mise en eau du barrage en 1926, la vallée a
perdu de son attrait pour les peintres.
C’est bizarre de se trouver dans un véhicule, c’est
trop rapide après plusieurs jours de marche, on
prend l’habitude de… je dirais presque de surprendre
les paysages en douceur.
Il est treize heures, nous nous arrêtons dans une
auberge au fond des bois, nous y mangeons très bien,
nous nous racontons nos vies, enfin un peu. Elle me
ramène à l’entrée de Crozant, nous échangeons nos
courriels. Merci, ce moment passé ensemble et
l’amour que vous avez pour votre village qui le
mérite, resterons un des souvenirs le plus agréable
du chemin.
Je suis chez Maria, un petit bar et quelques
chambres uniquement pour les pèlerins. Maria est un
Personnage sur le chemin de Vézelay, sa cuisine est
généreuse, son amitié pour chacun, unique. Le
portable ne passe pas dans ce petit paradis, Maria
me propose d’utiliser le téléphone du bar, c’est
cadeau…
Je suis sur la terrasse avec un livre quand un
monsieur arrive avec son sac à dos, le temps de se
soumettre lui aussi au rituel journalier et il me
rejoint, Maria lui a révélé que j’étais une
Pèlerine. François, la quarantaine vient des
environs de Troyes, dans l’Aube, nous dînons tous les deux en
échangeant nos impressions sur le chemin et nos
itinéraires. Puisque nos pas nous conduisent dans la
même direction, nous décidons de partir ensemble
demain matin.
Il y a fête au village, nous sommes allés voir une
exposition de dessins et d’ouvrages de Dames, nous
en avons profité pour nous perdre dans les ruelles
et autres petites rues chargées d’histoire. Je
prends quelques photos de l’église, et des vues sur
la campagne que le village domine. J’ai vraiment
envie de revenir dans cet endroit du bout du
monde….Faire partager tout cet art de vivre qui
existe encore dans notre pays, pour combien de
temps ?
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