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6 Juin, Labastide Chalosse.
Ce matin je pars à sept heures trente, je prends le
temps de vivre. Dès que je quitte Saint Sever,
j’aperçois les contreforts des Pyrénées, c’est
formidable et inquiétant tout à la fois. Comment
vais-je me comporter durant ces étapes ?
Il fait toujours beau, le soleil et la chaleur ont
décidé de m’accompagner et c’est très bien ainsi.
Mon regard est sans cesse sollicité par un paysage
de plus en plus captivant, mais il faut que je
regarde ou je mets les pieds, ce n’est pas le moment
de me faire une entorse.
Dans un village je m’arrête à une fontaine pour
renouveler mon eau, il y a là, deux dames avec des
sacs à dos et des bâtons, elles remplissent leurs
gourdes et le dialogue s’engage. Elles ont
soixante-dix ans et l’une d’entre elles a été à
Saint Jacques en deux mille un et depuis deux ans,
elle part un mois avec sa copine. Je demande des
détails sur l’étape de Roncevaux, j’en ai tellement
entendu sur ce parcours que cela m’inquiète un peu.
Mais d’après elle, il n’y a pas de quoi s’alarmer,
surtout que maintenant il y a un gîte à mi-chemin.
Je reprends mes bâtons et mon sac, je ne m’attarde
pas, il fait chaud et je ne souhaite pas marcher cet
après midi sous le soleil. Je dépasse Hagetmau et
j’arrive à la Bastide Chalosse.
Bastide, dans le sud ouest du 14ième
siècles veut dire « ville nouvelle ». La bastide
Chalosse fut fondée en 1342 par Edouard
II
d’Angleterre et elle fut rasée pendant les guerres
de religion, puis reconstruite plus près
d’Hagetmau.
Il n’y a pas de gîte ni d’hôtel dans cette petite
commune de 122 habitants. J’ai téléphoné à Monsieur
le Maire pour lui demander un accueil pour la nuit ;
il m’a gentiment proposé la salle des fêtes, je dois
le retrouver chez lui. Il n’est pas encore là
quand j’arrive mais il a prévenu son épouse. Elle
m’attend, elle m’offre une boisson fraîche qui est
la bienvenue. Sa fille, une vingtaine d’année
m’emmène faire quelques emplettes dans la ville
voisine, que de gentillesse pour une pèlerine qui
aurait pu dormir à Hagetmau et ne pas ennuyer tant
de monde.
Cette jeune fille me raconte que l’église du village
a été démontée et reconstruite à l’endroit actuel en
1890. Elle était dans une zone inondable, son père
me confirme cette histoire un peu plus tard quand il
viendra me dire bonjour et voir si je suis bien
installée. Deux habitants du village viennent me
dire bonjour, et parler du pèlerinage, j’ai une vue
superbe sur les Pyrénées, eux aussi me disent qu’il
n’y a pas de problèmes pour franchir la montagne..
Je prépare mon repas dans l’immense cuisine ou je
suis seule, amusant.
Il faut que je vous avoue, en fait, je n’étais pas
seule cette nuit là, j’ai eu la compagnie d’un
grillon et croyez moi il s’en donnait à cœur joie.
C’est incroyable le bruit que ça peut faire ces
petites bêtes là, j’espère qu’il me portera chance
pour le reste de mon voyage, mais j’ai eu du mal à
m’endormir.
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7 Juin, Orthez.
Sept heures au clocher du village, je
suis sur le chemin, et j’ai déposé la clé dans la
boite aux lettres de Monsieur le Maire. Orthez est
devant moi, le sentier se déroule superbe, le soleil
est déjà chaud. J’aime marcher le matin, je me
trouve en accord avec la nature qui s’éveille.
Montées et descentes se succèdent, hum ! C’est un
début pour ce qui m’attend dans les jours qui
viennent, toutefois le paysage me récompense de mes
efforts. Il faut faire très attention, ce sont des
sentiers de galets ronds qui roulent sous les
chaussures.
Je suis dans le Béarn, le pays de Henri
IV,
Les volailles sont en liberté, il y en a partout
même dans la forêt, je comprends le pourquoi de la
poule au pot….
Un monsieur m’explique que de ce fait les renards
pullulent, ils font deux portées de deux ou trois
petits par an. Ils sont trop bien nourris.
Les maisons sont très grandes, sur de très très
grands terrains, elles sont basses, longues,
étalées, entourées d’une pelouse assez maigre et de
pins majestueux. Vingt-quatre kilomètres de ce
paysage magnifique, puis Orthez et le gave de Pau
se profilent à l’horizon.
La fière devise de cette ville est : « Toquoy si
gaouses » « touches-y si tu l’oses » Bigre ça fait
réfléchir…..Cette devise était en fait celle de
Gaston Fébus.
Il est quatorze heures trente, je vais au syndicat
d’initiative ou l’on me donne la clé, je suis la
première arrivée. A l’entrée d’un porche, un
panneau, « hôtel de la lune », gîte pour pèlerins,
voir au fond de la cour. J’entre et en effet au
fond il y a une tour carrée, sur la porte une
indication, « gîte 2ième étage, cette
tour faisait partie de la demeure de Jeanne
D’Albret ».
C’est super, je vais dormir dans un monument
historique. J’espère que mes rêves seront à la
hauteur…
Cela se mérite, je dois grimper deux étages d’un
très bel escalier à vis, la pierre est usée par
des siècles de passage. Là je suis sûre que toutes
sortes de personnages sont passés à cet endroit
depuis quelques centaines d’années, c’est très
émouvant.
Si les pierres pouvaient parler nous serions
certainement surpris, leurs récits ne
correspondraient peut être pas avec ce que nous
avons appris dans nos livres d’histoire.
J’entre dans un appartement ultra moderne très
coquet, Il y a même des napperons sur les meubles et
des dessus de lit, je n’ai jamais vu cela dans un
gîte. Et je ne le reverrai pas.
Luxe suprême, une machine à laver et qui sèche s’il
vous plait….
Pendant que la machine travaille, j’en profite pour
visiter la ville et il y a de quoi satisfaire les
plus difficiles. Au 12ième siècle Orthez
était la capitale du Béarn.
Les vestiges du château de Moncade, dont Gaston
Fébus fit la gloire font rêver. Le pont vieux, avec
sa tour date du 13ième siècle, il enjambe
le gave de Pau ou parait-il, on pêche des saumons.
Finalement, je suis seule encore ce soir, ma
tranquillité est sauve, je suis une vraie
sauvageonne….Je n’ai pas l’âme d’un ermite pourtant,
mais c’est un besoin en ce moment et c’est bien.
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