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4 Juin, Bougues.
Fraîche et dispose, je me lève à cinq
heures, petit déjeuner, rangement du sac et du gîte,
départ à six heures quinze. Une très belle matinée
s’annonce, mon itinéraire me conduit encore en forêt
et j’en suis ravie. Les oiseaux s’éveillent et
commencent leur concert, le soleil passe au travers
des branches éclaboussant le sol de nappes d’or.
Dieu ! Que demander de mieux ? C’est un bonheur de
marcher dans de telles conditions. Je traverse trois
villages distants de trois ou quatre kilomètres l’un
de l’autre ; de très grandes propriétés sont
disséminées partout dans la campagne, devant chaque
portail, il y a une boite à pain, le boulanger y
dépose sa livraison. N’importe qui pourrait se
servir mais apparemment, il n’y a pas de soucis,
cette région me parait un vrai paradis.
J’arrive à Bougues à midi trente, une dame souriante
me donne ma clé et me conduit jusqu’au gîte. En fait
le gîte est habituellement dans la salle des fêtes,
et celle-ci est louée ce soir pour un repas de deux
cent cinquante couverts. La commune nous loge dans
une école maternelle ; pour prendre une douche il
faut traverser la salle des fêtes parmi tous ces
gens et là, non, c’est au-dessus de mes forces,
c’est dommage mais la douche attendra demain matin.
C’est amusant de se retrouver dans cet univers
d’enfants, il y a des dessins partout, les chaises,
les toilettes, les tables sont à la dimension des
enfants, j’ai l’impression d’être chez des
Lilliputiens.
Des lits de camp sont installés pour les pèlerins et
nous pouvons nous servir dans le frigo, boissons
fraîches, lait, beurre et autres denrées
alimentaires. Je suis seule, et je décide d’aller
manger au petit bar. Le patron gentil comme pas
possible, c’est un petit gros hilare, en short avec
un tablier qui a été blanc dans une autre vie. Il me
prépare un repas que bien des trois étoiles
envieraient ; il vient discuter avec moi, me
fait goûter du vin de la région et j’ai intérêt à
aimer et à le dire.
Il est super ce type, il me parle du pays, de sport,
de Guy Roux, mais lui c’est surtout le rugby. Ses
clients rigolent, ils disent, « fous lui la paix,
laisse là manger tranquille ta pèlerine »….
L’ambiance est des plus sympathique, finalement nous
terminons la soirée tous à la même table et j’ai
bien du mal à les quitter.
Sur le livre d’or Gérard à écrit « d’habitude je
suis content d’arriver, ici je serai content de
repartir ». Je ne suis pas d’accord avec lui et je
le dis haut et fort.
Les communes ne sont pas obligées de nous assurer le
gîte, rien ne nous est dû. C’est un pèlerinage que
nous sommes sensés faire et nous ne pouvons que dire
merci. Si à lui, Gérard, le gîte ne convient pas il
peut toujours aller à l’hôtel. Merci à la commune de
Bougues et à ses habitants, j’ai été enchanté de cet
accueil et des efforts fait par des bénévoles pour
la plupart. Cette étape
est une des plus agréable du chemin, pleine de
gentillesse…. J’ai aussi laissé un petit mot et un
petit dessin pour les enfants qui nous ont prêté
leur école.
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5
Juin, Saint Sever.
Départ six heures trente après un petit déjeuner
prit dans la salle à manger Lilliputienne. Très très
belle journée en perspective, l’itinéraire est
merveilleux, peu ou pas de bitume, que des sentiers
avec un paysage de toute beauté. A l’entrée d’un
village mais en retrait, une dame s’occupe à des
travaux d’entretien dans son jardin, elle me propose
un café que j’accepte avec plaisir. Il est huit
heures, j’ai bien marché, je peux m’accorder une
halte. Françoise, la bonne soixantaine vit seule
dans cette propriété immense, elle est veuve depuis
dix ans. Elle voue un culte à son mari ce qui ne
l’empêche pas d’avoir un copain de temps en temps,
il faut bien que le corps exulte dit-elle…..
Elle fait partie d’une association qui s’occupe
d’une maison des parents, pour loger les familles
qui accompagnent les malades à l’hôpital. Comme
hélas, je connais bien ce problème, nous échangeons
des idées à ce sujet. Le temps passe vite, je suis
restée une heure, il me faut repartir. Encore un
adieu, une bise, bon courage Françoise !
Le sentier serpente dans cette région verdoyante de
la vallée de l’Adour malgré la chaleur des deux
dernières semaines.
J’arrive à Saint Sever vers seize heures, j’ai pris
mon temps, j’ai dégusté le chemin, presque toujours
à l’ombre cette étape était splendide, c’est
merveilleux de marcher seule, c’est la liberté.
Je devrais méditer sur ce mot « liberté » je
m’aperçois qu’il revient souvent, pourquoi ? Je n’en
ai jamais manqué, du moins consciemment….. Dès que
quelqu’un prend une décision pour moi cela me
hérisse, même si l’intention est bonne.
Pourtant quand je suis partie, il y a juste un mois
aujourd’hui, décider de tout, toute seule me faisait
peur. Trente jours après, je suis jalouse de cette
liberté, elle est
à moi, n’y touchez pas. C’est puéril, la liberté, ce
n’est pas l’isolement, ni le refus des autres. Je
dois accepter que l’on me donne des conseils ou que
l’on m’aide tout en gardant mon pouvoir de décision.
Finalement c’est quand même moi qui déciderai de ce
que je veux ou ne veux pas, non ?
Accepter de la compagnie, Hum ! …
Sur
le parvis de l’Abbatiale Bénédictine, au cœur de la
vieille ville, je rencontre un pèlerin qui vient de
Troyes. Nous discutons un peu, puis je rentre
visiter cette merveille. Construite au onzième
siècle et remaniée au fil du temps après bien des
vicissitudes, elle me transmet cette sérénité que
certains lieux possèdent. A cette heure, il n’y a
pas un chat, il fait très chaud, les gens sortent
plus tard. J’ai donc ce lieu prestigieux rien que
pour moi, je m’imprègne
de son calme, je m’y sens protégée.
Mon hôtel se trouve sous les arcades, tout près de
cette église ; les patrons viennent juste d’acheter
cette affaire, l’hôtel est ouvert depuis deux jours
et je suis leur première pèlerine. Les questions
fusent, ils veulent tout savoir, ils ont des petites
chambres qu’ils réservent aux pèlerins et veulent
connaître nos besoins tant sur le plan accueil que
sur le plan spirituel.
Un peu plus tard je m’installe sur la terrasse pour
manger ; trois personnes dont une dame de
quatre-vingt-treize ans arrivent, ils s’assoient
autour de la table à coté de moi. La dame âgée est
très bavarde, et la propriétaire du restaurant lui a
dit que je faisais le pèlerinage de Saint Jacques,
une conversation s’engage.
J’apprends qu’elle est venue voir sa fille qui est
au carmel de Saint Sever, juste derrière l’hôtel.
Suzanne, c’est son prénom, me demande de prier pour
elle et ses enfants à Compostelle. Chantal sa
seconde fille et Guy son gendre ne sont guère
bavards, mais je me demande comment ils pourraient
prendre la parole, elle n’arrête pas. Elle me
demande ce qu’il y a dans mon assiette, elle
prendrait bien la même chose, cela a l’air d’être
bon, qu’est-ce ? C’est de la palombe. Elle a bon
appétit cette mamie, son gendre est au petit soin
pour elle et il a l’air d’être amusé par notre
dialogue.
Je leur souhaite une bonne
nuit, pour moi il est l’heure de prendre un peu de
repos.
Adieu chère Suzanne, je suis
sûre que la providence veille sur vous, adieu
Chantal et Guy, nous n’avons pas échangé beaucoup de
paroles mais est-ce bien nécessaire pour se
comprendre ?
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