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31 Mai, Bazas.
Départ
à sept heures quarante cinq après un petit déjeuner
abondant, Odette et Michel nous accompagnent hors
de la ville.
Nous prenons des photos sur le pont suspendu qui
enjambe la Garonne. Un kilomètre encore et ce sont
les adieux toujours difficiles avec des gens plein
de bonté, et avec qui on se sent en harmonie.
Nous avons du mal à nous quitter, nous nous
retournons plusieurs fois, de grands signes de bras
et un virage nous sépare définitivement.
Gérard prend son envol, Ineke et moi restons chacune
dans nos réflexions, pendant un certain temps, nous
ne parlons pas, c’est comme cela à chaque fois que
nous éprouvons une vive émotion puis le chemin nous
reprend.
Quand je dis le chemin, aujourd’hui c’est du bitume
et c’est la galère, Ineke a décidé d’accélérer le
pas.
J’ai du mal à suivre, j’ai envie de m’arrêter
contempler le paysage, je voudrais pouvoir
poursuivre une conversation avec
des gens qui ont envie de parler, en fait, je veux
profiter au maximum de ce pèlerinage.
En allant vite, nous risquons de passer à coté de
l’essentiel. Pour moi c’est le contact humain qui
est important, pour Ineke c’est la performance
physique mais il faut reconnaître qu’elle est partie
de hollande, elle est mariée et elle n’a pas envie
de s’attarder de trop, je la comprends.
Je pense que la séparation est proche car je ne
souhaite pas continuer sur ce rythme là. Vingt-neuf
kilomètres en sept
heures, retirons les arrêts pour manger, pour boire,
pour faire nos achats et nous avons une moyenne de
cinq kilomètres heures, c’est trop pour moi….
A Quatorze heures nous sommes à Bazas, nous avons
téléphoné a la Dame qui nous reçoit ce soir, mais
elle ne peut nous accueillir qu’à dix-sept heures.
Elle a une réunion qui concerne justement l’accueil
des pèlerins, c’était bien la peine de marcher si
vite, maintenant il faut attendre.
Nous
laissons nos sacs au syndicat d’initiative et nous
allons visiter la cathédrale qui est magnifique.
Nous nous
installons à la terrasse d’un café avec une boisson
fraîche, (non pas de bière, la cerveza c’est avec
vous, les copains de la troisième section que j’ai
appris à l’apprécier.) Nous en profitons pour écrire
des cartes postales.
A seize heures, nous voyons arrivé Gérard, il a
l’air épuisé, nous lui faisons de grands signes, il
se laisse tomber sur une chaise à coté de nous, il
est très en colère contre le balisage du chemin.
En Gironde, il y a deux itinéraires, celui des amis
de Saint Jacques de Vézelay, qui n’est pas balisé
par les coquilles habituelles, parce que le conseil
général à préféré faire son propre balisage pour
nous promener a travers le département ce qui n’est
pas le but des pèlerins, nous ne sommes pas des
touristes, ils n’ont pas bien compris notre
démarche.
Ineke et moi nous avons choisi l’itinéraire de
Vézelay, Gérard celui de la Gironde, nous avons fais
vingt neuf kilomètres et lui en a fais trente neuf,
sans se perdre dit-il.
Il va au syndicat d’initiative, où il fait une
lettre pour le conseil général en expliquant ce
qu’est un pèlerin, un détour pour voir un point de
vue ou une fontaine ne nous inspire pas du tout.
D’accord avec lui (pour une fois ….) Nous signons sa
lettre.
Nous espérons qu’ils baliseront notre sentier avec
nos coquilles. La personne qui reçoit Gérard est là,
bise, bonne soirée, à demain.
Ce soir Gérard n’est pas avec nous, la dame qui nous
accueille est veuve et ne veut pas recevoir d’homme
chez elle, c’est une dame toute menue, très
élégante, elle à soixante-dix ans elle en parait pas
plus de cinquante. Son appartement est très féminin,
j’ai l’impression de rentrer dans la maison de
Barbie, des voilages roses partout, des coussins
soyeux, tout à fait à son image.
Andrée nous montre nos chambres, et elle nous
propose de descendre prendre un apéritif dès que
nous serons prêtes. Elle
nous a préparé un super repas. Salade composée,
magrets de canard et pommes de terre Sarladaise,
fromage Basque avec de la confiture de cerises
noires, cake maison, le tout arrosé de vins
différents à chaque plat, heureusement qu’ensuite
nous allons nous coucher….
Andrée à deux filles, son fils est décédé d’un
cancer à l’age de quarante-six ans. Elle nous parle
de sa ville et de la région qu’elle aime beaucoup ;
j’ai aperçu de très anciennes et très belles
faïences de Quimper, quand je lui en fais la
remarque, elle me dit que son mari était Breton, ils
ont vécu en Bretagne puis à la retraite ils sont
venus s’installer ici, une de ses filles habite à
quelques kilomètres. A vingt-deux heures, il est
tant de rejoindre nos chambres, Andrée nous demande
à quelle heure nous désirons déjeuner, est-ce
possible à sept heures ? C’est
possible nous répond cette dame absolument
charmante.
Le petit déjeuner sera raffiné et délicieux, comme
tout dans cette maison, les adieux sont difficiles.
J’ai envoyé une carte de remerciements de Santiago
et j’ai pensé à son fils comme elle me l’avait
demandé, je garde un très bon souvenir de vous
Andrée.
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1er Juin. Captieux.
Nous sommes parties à sept heures
quarante cinq, je voudrais partir plus tôt, mais
comment quitter des gens qui sont heureux de nous
recevoir, sans déjeuner. Je ne peux pas demander mon
« p’tit dèj » à six heures…
Il fait déjà chaud, aujourd’hui nous marchons à
l’ombre des pins dans la forêt landaise, nous
suivons une ancienne voie ferrée, il y a encore
des traverses, c’est pas facile nous devons adapter
nos pas à leur écartement, c’est fatigant.
En Gironde nous avons des ennuis avec le
balisage, comme je l’ai expliqué plus haut,
nous suivons des sentiers de petites ou grandes
randonnées ou des GR. Les couleurs des marques
changent et Ineke n’y comprend plus rien, elle veut
suivre toujours les mêmes jalons.
Elle rouspète sans arrêt, elle n’est pas d’accord
avec moi,
il n’y a aucune habitation, pas de village, je crois
qu’elle n’aime pas trop la forêt. Nous tournons en
rond et je finis par imposer une direction avec
bien du mal, a une intersection elle ne veut
plus me suivre.
Tu fais comme tu veux, lui dis-je moi je suis ma
carte. Je continue sans plus m’occuper d’elle.
Elle ronchonne et elle me suit, quelques
centaines de mètres plus loin nous rencontrons
une patrouille de pompiers, nous demandons notre
chemin, à
l’aide de ma carte ils nous expliquent que nous
sommes dans la bonne direction. Ineke n’est pas
convaincue, parle du balisage blanc ou vert
etc.… ils essaient de lui faire comprendre
qu’il ne faut pas suivre les indications mais se
diriger avec la carte. Nous finissons par nous
mettre d’accord.
Ineke trouve l’étape trop courte, vingt kilomètres
plus six à cause des erreurs de parcours, moi ça me
suffit, je lui propose de continuer seule, j’arrête
à Captieux comme nous en avions convenu. La forêt
est belle, cheminer sous les pins est un plaisir.
A Captieux nous échangeons nos adresses et nos mails
puis ce sont les adieux. Je n’en suis pas
mécontente, j’aime marcher seule, surtout en forêt.
Gérard le périgourdin est toujours là mais lui, je
le retrouve le soir à l’étape, nous ne marchons pas
ensemble, heureusement, j’aurais été capable de
rebrousser chemin…. Il est à l’hôtel quand
j’arrive, il a déjà prévu de nous faire monter les
petits déjeuners dans nos chambres dès ce soir pour
demain matin ainsi nous pourrons partir plus tôt.
Pendant le repas il me détaille le « camino
Francès » de A à Z, Il a été deux fois à Saint
Jacques et il connaît, comme tout le reste, il
connaît tout…. J’écoute ce que je veux, sinon,
d’après lui tout est tellement noir en Espagne que
je devrais faire demi-tour, il ne me fait pas peur
et puis j’aime les défis… il ne me découragera pas.
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