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23 Mai, Malaveix.
Départ
à sept heures, il fait beau, quel plaisir de marcher
de bonne heure. Le matin les senteurs sont plus
riches, les couleurs plus vives.
Je laisse la rose qui m’a été offerte hier aux pieds
d’un calvaire, ils jalonnent les chemins de
Compostelle.
Au moment ou j’arrive à Des Cars, il se met à
pleuvoir, une petite pluie fine pas désagréable, le
balisage quitte le chemin et je m’engage sur une
petite route qui serpente entre près et bois.
Au détour d’un virage, un paysage de conte de fée….
D’ailleurs Elles sont là, au-dessus de l’étang,
leurs écharpes voltigent dans le soleil revenu. A
voir leurs voiles qui s’entremêlent joyeusement,
j’en suis certaine, elles dansent. Elles ont deux
spectateurs impassibles, un cygne blanc et un cygne
noir, ils ont probablement l’habitude de cette
représentation, quelques canards sauvages complètent
la scène.
Je m’arrête pour m’imprégner de ce tableau et de
cette atmosphère irréelle.
Journée magique, un peu plus loin, c’est un lièvre
surpris de me voir sur son territoire qui me regarde
passer. Il est midi et je ne sais pas ou je dors ce
soir.
Je téléphone mais les deux hôtels qui reçoivent des
pèlerins sont complets. Les gîtes n’existent plus,
ça se complique. D’après mon itinéraire il y a un
relais château qui accueille aussi les pèlerins,
mais il y a six kilomètres de plus et j’en ai déjà
fais trente…je téléphone et bravo, ce soir je dors
dans un château.
Je suis étonnée, je n’ai vraiment aucun problème
physique et je ne suis pas fatiguée, je ne me
croyais pas capable de marcher trente-six kilomètres
dans la journée, je me demande si les Fées n’y sont
pas pour quelque chose……
Discussion avec un monsieur qui fait son jardin il
s’appelle monsieur Friconnet ; il m’a dit son nom
parce que je lui est confié que mon arrière grand
père, un Fricout est né a Thiviers tout près d’ici.
Aller, bon courage Jardinier, toi aussi Pèlerine.
Je continue, du fond d’un près, un âne brais, il
arrive au galop jusqu'à la clôture, il donne des
coups de tête par-dessus les fils barbelés, et il
rit, si, si, il rit de toutes ses dents. Je traverse
la route et je lui gratouille la tête, il aime ça et
en redemande. Je lui parle de Sonia qui à une
prédilection pour les ânes, il écoute. je lui
explique que je ne peux pas rester, encore un câlin
et adieu, pas contrariant, il se met à brouter.
Je suis en Dordogne depuis ce matin dix heures. Les
fossés sont envahis, par des œillets sauvages, et
d’autres plantes que je ne connais pas avec de
grandes hampes blanches. Des haies de rhododendrons
couverts de fleurs séparent les propriétés, quel
bonheur d’être à pied, j’ai le temps de contempler
toutes ces merveilles.
J’arrive enfin au Château de Malaveix. Je suis reçu
par le châtelain, un anglais qui en a fait un relais
trois étoiles, c’est superbe. Le pèlerinage me
réserve bien des surprises mais aujourd’hui le rêve
continue, une très belle chambre et une vraie salle
de bain avec baignoire. Ne pensez pas que je fais
une fixation sur les baignoires mais c’est tellement
agréable de se détendre dans un bain et de rêvasser
après une journée de marche….
Rituel du jour, j’essaie de me coiffer correctement
et je sors un pantalon, le short ne convient pas
dans un « trois étoiles » La salle de restaurant est
superbement décorée, meubles anciens et tableaux
modernes se côtoient avec bonheur. Je suis la seule
Française, tous les clients sont Anglais, aurais-je
été transportée en Angleterre ?
Un feu de cheminée réchauffe l’ambiance, le repas
est excellent et malgré le prix pèlerin qui m’est
accordé mon menu est le même que celui qui est servi
aux autres clients, on me propose du vin, j’en
accepte un verre.
Ma Crédentiale est signée, je vais rejoindre ma
chambre ; la salle devient bruyante, le vin échauffe
même les Anglais…..
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24 Mai, Thiviers Vaunac.
Petit
déjeuner à ne pas rater, viennoiseries toutes
chaudes, confitures de choix et toujours la chaleur
de l’accueil. Ce qui me fait partir à huit heures
quarante-cinq. Le paysage change, il devient
vallonné moins montagneux, je suis accompagnée par
le chant des coucous.
Je suis assise sur un tronc d’arbre quand un serpent
s’approche, il est gris foncé avec une collerette
blanche et mesure a peu près trente centimètres ; Je
ne connais pas cette espèce, nous allons chacun
notre chemin c’est plus prudent.
On m’a souvent posé des questions au sujet des
chiens, jusqu’à présent ils sont toujours à
l’attache ou enfermés, je n’ai jamais eu d’ennui
avec eux.
Il y a beaucoup d’ânes dans la région mais pas aussi
sympa que celui d’hier ; c’était drôle, je pense
qu’il doit faire son numéro de charme à chaque fois
que quelqu’un passe, il restera un super souvenir.
Thiviers, petite ville très provinciale, un peu
étriquée, les rues très étroites ne laissent pas
passer le soleil.
Un thé et un croissant constitueront mon repas, je
n’ai pas très faim. Cette ville rattachée à
l’histoire de ma famille me ramène des années en
arrière chez mes grands-parents ; les années, de
bonheur, d’espoir, d’amour…. passées.
Je vais visiter l’église, énorme crise de cafard, je
pleure. Il y a longtemps que cela ne m’est pas
arrivé, d’habitude je serre les dents et je laisse
passer l’orage. Mais aujourd’hui je me laisse aller,
je suis seule et je laisse déborder ma peine.
Oui, je suis venue chercher la paix et la sérénité
sur ce chemin. L’avenir me dira si au bout du
chemin, à Saint Jacques…..
Je sors de l’église il est treize heures, personne
dans les rues, le soleil baigne la petite place
défoncée par les travaux. Je prends la direction de
Sorge, je ne souhaite pas dormir ici. Pour ce soir
je choisis un accueil chez l’habitant, mais en fait
c’est un gîte, et l’on m’attend.
Encore dix kilomètres, il fait très chaud une douche
sera la bienvenue. Je suis sur une petite route de
campagne, totalement rectiligne, j’ai l’impression
de ne pas avancer. Une voiture s’arrête à ma
hauteur, c’est la dame du gîte, elle va faire des
courses, elle me tend une clé et m’explique où est
ma chambre, à tout à l’heure, bon courage. Chalets,
gîte d’étapes et chambres d’hôtes se partagent un
petit paradis en pleine nature.
Mes hôtes font un élevage d’escargots, ils
s’occupent aussi de la « transformation », je visite
le laboratoire et goûte quelques spécialités.
Ils sont très intéressés par le pèlerinage, ils me
prêtent une documentation énorme sur le chemin de
Saint Jacques et me posent les éternelles questions,
seule ? Pas peur ? Pourquoi le pèlerinage ?
Le gîte est très bien conçu; une pièce centrale
fait cuisine, salle à manger, salon; cinq chambres
sont disposées autour de cette pièce commune.
Chacune à sa salle de bain. Tout est impeccable, le
repas est prévu pour vingt heures.
En attendant, si
le
cœur et la gourmandise m’y incitent, je peux
cueillir des cerises, ce que je ne manque pas de
faire. Je partage ma cueillette avec des Anglais qui
viennent d’arriver, Ils prospectent la région pour
acheter une maison, ils ouvrent une boite de
conserve et ils vont manger dans leur chambre….
Hum ! Pas très causant.
Je vais étudier ma documentation dehors, la chaleur
a diminué, les jours allongent, je suis bien, le
moral revient.
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