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5 mai, Tannay
Levée
à six heures, je suis prête pour la messe de sept heures, la
bénédiction des Pèlerins est à huit heures. Superbe cérémonie et
là aussi l’émotion est au rendez-vous. L’émotion, nous la
retrouvons partout en pèlerinage. Nous rencontrons et nous
quittons des gens tous les jours, avec plus ou moins de bonheur
ou de peine. Surtout si nous sommes restés plusieurs jours
ensemble, cela dépend aussi de la sensibilité de chacun.
Nous sommes sept à partir sur le chemin, mais je pars seule,
nous sommes le cinq mai, aujourd’hui c’est l’Ascension, les
autres Pèlerins s’accordent un jour de repos.
Je suis prête à partir, je prépare ce pèlerinage
depuis plusieurs mois, mais il est en moi depuis une vingtaine
d’années. Pour ma famille et mes amis je parais sûre de moi, en
fait j’appréhende, je pars seule et c’est la première fois de
toute ma vie ou je dois décider de tout, il n’y parait pas, mais
entrer dans un restaurant ou un hôtel seule ce n’est pas
évident, en tout cas pour moi c’est beaucoup plus difficile que
de parcourir vingt kilomètres sur les sentiers avec un sac à
dos. Je désire tellement arriver à Saint Jacques que je
trouverai tout le courage dont j’aurai besoin, il le faut, il
parait que je suis têtue, c’est peut-être une qualité dans
certain cas, si, si, quand on veut on peut m’a-t-on dit.
Bon ! J’attrape mes bâtons et en route, je vais avoir le temps
de méditer en chemin.
Départ à neuf heures quinze sous une petite pluie fine,
hum !!! Ça commence bien…
Finalement, plus de peur que de mal, deux heures plus
tard, le soleil fait son apparition. J’arrive à Tannay à
quatorze heures trente. C’est une étape de vingt-deux
kilomètres, pour une première, c’est pas mal. Je me félicite
mais les mollets sont raides, les articulations des chevilles
sont douloureuses, le sac est lourd…
Je
ne me suis pas bien nourrie dans la journée, Je pense que je
vais devoir remédier à cela dans les jours qui viennent, me
nourrir mieux et faire une pause à midi ou au milieu de
l’étape.
Ce
soir je dîne au restaurant car il n’y a pas de gîte ici. J’ai
retenu une chambre dans l’unique auberge du village, la chambre
et le repas ne font qu’un, a ce rythme là mon budget ne tiendra
pas....
Aujourd’hui c’était un jour férié, cela aussi il faut que j’en
tienne compte pour faire mes achats, je finirais bien par
m’organiser, ne pas se prendre la tête….. A chaque jour suffit
sa peine disait ma Grand-mère.
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6 Mai,
Varzy…
Départ
de Tannay à sept heures trente, avant de quitter le village,
j’achète de quoi me restaurer à midi. L’intendance étant réglée,
je peux me concentrer sur la nourriture de l’esprit et méditer,
les sujets ne manquent pas. Aujourd’hui, contrairement à hier
la marche est un plaisir, je me détends et je commence à y
croire.
Je
suis à Varzy à quinze heures, sans problème. La balade était
agréable, le paysage sympathique. A vrai dire je ne regarde pas
trop le paysage, je suis encore enfermée dans ma peine, je
regarde mais je ne vois pas.
Le
gîte est sur le camping de Varzy à deux kilomètres du centre
ville. Il n’y a qu’une caravane sur le camping, ce sont des
Hollandais. La dame me propose gentiment une tasse de thé en
attendant la gardienne qui n’arrive qu’à dix-sept heures trente.
Nous papotons un peu, puis je vais prendre une douche, laver mes
vêtements, et repos, il fait beau, une balançoire me tend les
bras, j’adore…..
Je
me sens bien, mes chevilles sont moins douloureuses. Le soleil
est là, c’est important pour mon moral.
Un
Pèlerin vient d’arriver, il était à la messe jeudi matin, il a
fait les deux étapes en une fois, quarante-quatre kilomètres, je
suis en admiration, quel courage ! .
Il
est Belge et il vient de Bruxelles à pied. Il suit les GR et moi
l’itinéraire des amis de Saint Jacques de Vézelay. L’année
dernière il est allé à Saint Jacques pour accompagner des jeunes
délinquants sur la voie du repentir. Il s’est promis d’y
retourner seul. Aujourd’hui, il espère arriver à Santiago fin
juin. A la longueur de ses étapes, je suis prête à parier qu’il
y arrivera.
Au
fil du temps, je m’aperçois que nous ne disons pas, nous allons
à…. , Mais, nous espérons arriver à Saint Jacques. Peut-être
de la superstition.
Nous n’avons rien à manger pour ce soir, car la gazinière ne
fonctionne pas. Claude me propose d’aller avec lui au resto,
mais cela fait quatre kilomètres aller et retour. C’est beaucoup
après une étape de vingt-deux (j’en ferai plus mais je ne le
sais pas encore), donc je refuse, je me contente de deux barres
de céréales et j’étudie mon itinéraire pour demain.
La
nuit est bonne dans mon premier gîte, et pourtant le confort est
spartiate.
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